Le Labo: entrevue avec Noel Guyomarc’h, Émilie Trudel, Lidia Raymond et Isabelle Métivier

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Photo en couverture: Isabelle Métivier, Montréal photo: Oriane Meyer

Du 21 septembre au 7 octobre prochain, la galerie Noel Guyomarc’h présente LE LABO, une exposition présentant le résultat des recherches de deux groupes de joailliers récemment gradués ou actifs depuis des années. L’objectif : explorer de nouvelles avenues créatives. Le résultat est renversant, des pièces d’une grande originalité mais aussi qui témoignent d’une grande ouverture envers l’idée d’explorer de nouvelles avenues et d’une sincère intention des participants de dépasser leurs limites personnelles. Ceux qui connaissent le travail de certains des joailliers seront surpris de voir les directions que leurs créations peuvent prendre. J’ai voulu en savoir plus sur cette démarche de LABO, je vous propose cette entrevue avec le directeur de la galerie et instigateur du projet, Noel Guyomarc’h et le témoignage de trois des participantes Émilie Trudel, Isabelle Métivier et Lidia Raymond.


Lidia Raymond, Montréal

Noel, pourquoi offrir ces ateliers? Quel a été l’élément déclencheur du projet et quel rôle joue-t-il dans le mandat de la galerie Noel Guyomarc’h?
Ces ateliers répondent à un besoin. Les écoles de joaillerie enseignent les techniques mais souvent l’aspect créatif est négligé par manque de temps ou parce que non inclus dans le programme.  Il y a 3 ans, j’ai proposé à l’École de joaillerie de Montréal d’offrir aux étudiants de 3ème année des ateliers créatifs. L’enthousiasme était au rendez-vous. Plusieurs d’entre eux ont demandé de poursuivre après leur graduation et plusieurs joailliers ont entendu parler de ces ateliers. J’ai réalisé que la demande était importante. Je commence mon troisième groupe cet automne, et déjà des inscriptions pour l’automne 2013.
Ces ateliers ne s’inscrivent pas dans le mandat de la galerie. Il s’agit d’une initiative personnelle. La tradition est forte ici, et je crois que ces ateliers vont ouvrir de nombreuses voies à leurs participants.

Comment se déroulent les ateliers?
Avant notre rencontre, je soumets un thème. Les participants doivent produire plusieurs pièces exploratoires liées au thème. Ils font une présentation et ensuite nous discutons, échangeons, critiquons, suggérons. À la fin de la rencontre, un nouveau thème est proposé.


Anne-Marie Rébillard, Québec

Quels genres de thèmes/idées/concepts les participants ont été invités à explorer?
Les différents thèmes permettent de réfléchir à de nouvelles avenues d’exploration créatives. L’idée est de déstabiliser le participant par des thèmes parfois surprenants, incongrus, provocateurs. On apprend à lire le concept parfois plus que le produit réalisé. Faire entrer une notion artistique plus qu’artisanale.
En fait les thèmes jouent sur plusieurs niveaux. Comme par exemple la notion du Précieux pour un joaillier… Un autre thème était de choisir une pièce d’un artiste (de la galerie ou choisi dans des livres de bijoux contemporains) et de créer à partir de quincaillerie une pièce qui évoquerait l’intention de l’artiste choisi. Le but était également d’apprendre à lire une pièce, pas uniquement de voir l’aspect technique et la composition.

Comment les participants ont-ils été choisis? Aviez-vous le souci de rassembler des sensibilités différentes ou de «bousculer» la démarche créative d’un joaillier?

En fait, il n’y a pas de sélection. Les groupes se sont formés dans l’ordre des inscriptions. Le fait de s’inscrire à ces ateliers est déjà un signe d’ouverture d’esprit. Les participants veulent être déstabiliser, recevoir des critiques autres que celles sur la technique.


Nazanin Rostami, Montréal

Avez-vous observé des différences entre les deux groupes et leur cheminement?

Le cheminement des deux groupes demeure semblable même si les thèmes des deux années ont été en général différents. La différence vient de moi. Je me sens aussi plus confortable dans l’animation, les échanges, les critiques et mes propositions.

Quel rôle, s’il y a lieu, la collection de la galerie et le travail d’autres joailliers a-t-il joué dans le développement des projets?
Les rencontres se déroulent à la galerie. Les participants ont accès aux œuvres des autres joailliers de la galerie. Mais j’ai remarqué que chacun d’entre eux voulait justement s’éloigner de ce qu’il voyait, et encore plus se différencier et trouver une esthétique propre. Autant le lieu est stimulant pour eux, autant il ajoute au dépassement de soi.


Catherine Sheedy, Québec

En tant que galeriste et chef d’orchestre de ce projet, qu’avez-vous retiré ou appris de cette expérience?

En fait, je réalise qu’il n’y a pas de communauté du bijou à Montréal. Le plaisir de se retrouver mensuellement était très palpable. Il existe différentes associations mais pour se réunir pour échanger des idées et des techniques, pour discuter de son travail, avoir des commentaires justes et honnêtes, il n’y en a pas. La galerie a toujours eu un peu ce rôle, mais maintenant c’est plus concret.  À un autre niveau, le travail issu de ces ateliers commence à être vu, apprécié non pas seulement ici , mais également à l’extérieur du Québec. C’est très encourageant et stimulant. J’ai fourni, par ces ateliers, un espace qui manquait, j’ai offert la possibilité de laisser libre cours à l’imagination qui était présente en chacun des participants. Cet espace devrait se retrouver dans les écoles en instaurant une quatrième année, un peu comme à Halifax (NSCAD ou OCAD). Je suis convaincu que le bijou au Québec serait très gagnant.


Émilie Trudel, Montréal

Émilie, Isabelle et Lidia, quelles étaient vos attentes en acceptant de participer au projet Le Labo?
Émilie: Je voulais explorer de nouveaux matériaux et explorer le bijou sans contraintes précises sur l’exécution. Je veux dire sortir un peu de la technique apprise à l’école et passer plus de temps à réfléchir à chacune des pièces. Finalement de déclencher une certaine démarche artistique qui m’est propre. (ce que j’ai effectivement commencé à développer mais il me reste encore beaucoup de temps et d’expérience à accumuler pour que ce soit du solide!)
Isabelle: Pousser plus loin mes idées, échanger avec d’autres et laisser libre cours à ma créativité.
Lidia: J’avais envie d’entreprendre un projet de longue haleine pour me surpasser, sortir de ma zone de confort, explorer d’autres matériaux et développer un concept dans le but de faire progresser ma pratique artistique. J’ai embarqué les pieds joints dans le projet et je ne le regrette aucunement!

Y a-t-il un travail d’un autre joaillier participant qui vous aurait influencé, touché ou inspiré du fait de travailler ainsi en petit groupe?
Émilie: En fait, j’ai eu de l’influence d’un peu toutes les participantes. Par les commentaires et réflexions de chacune pour tous les projets apportés. Par rapport à des expérimentations de technique ou bien des commentaires sur le rendu ou encore sur la démarche pour se trouver des idées, prendre des nouvelles directions.
Isabelle: Oui, je mentirais si je prétendais le contraire, le travail de certain me touche plus que d’autres. Mais à chaque rencontre je suis toujours fascinée par notre façon bien différente, mais combien intéressante d’aborder le thème proposé!
Lidia: Toutes les participantes ont été inspirantes (merci les filles!)… En se rencontrant en petit groupe pour discuter de nos pièces, chacune contribue à l’avancement des autres et c’est ce partage qui est très précieux et stimulant.


Jessie Grèves, Montréal

Y a-t-il eu des moments de découragement, de perte de repères ou à l’inverse d’euphorie?
Émilie: Pour moi mon gros découragement était de ne pas avoir toujours suffisamment exploré. De ne pas avoir mis assez de temps sur mes projets. Les rencontres arrivaient toujours très vites l’une après l’autre!
Isabelle: Oui, certains thèmes ont été plus difficiles que d’autres à travailler. On veut un résultat satisfaisant et parfois on y arrive qu’à la dernière minute ou pas.
Lidia: Je cherchais à être déstabilisée et j’ai été servie! Je dois avouer que l’aventure des ateliers de création m’a fait vivre plein d’émotions incluant quelques moments de découragement! C’est en partie ce qui m’a forcée à chercher vers d’autres avenues pour améliorer mon concept… Mais aussi beaucoup de plaisir, de creusage de méninge et de fierté! …Et des tonnes de nouvelles idées!

Votre travail a-t-il été transformé et si oui, de quelle façon?
Émilie: Je crois que oui. Je n’ai pas un grand recul encore sur ce que j’ai exploré mais il y a particulièrement ma série de bouées qui a le plus évolué depuis la première (le tout premier projet en août 2010) à aujourd’hui avec des pièces présentées pour le prix François-Houdé… dont je suis finaliste!!!
Isabelle: Pour ma part, je n’ai plus envie de me restreindre dans mon travail. Je suis ouverte à toutes les possibilités.
Lidia: Bien entendu! Après 2 années d’ateliers de création, j’ai pris de l’assurance lorsque je présente mes pièces et c’est plus facile de communiquer mes idées et d’expliquer ma démarche. Également, j’ai développé mon regard critique par rapport à mes œuvres et j’ai appris à prendre du recul pour m’aider à améliorer mes idées…
Aussi, j’ai retravaillé quelques-unes de mes expérimentations et certaines d’entre elles ont été le point de départ de nouvelles collections.


Oriane Meyer, Montréal

Quel rôle Noel a-t-il joué pour vous dans cette démarche? Un guide, une source de connaissances, un motivateur ou un caporal-chef? :)
Émilie: Un peu tout ça!! Il est vraiment à l’avant garde dans le domaine du bijou contemporain et il a su nous aider à trouver notre propre façon de faire un bijou et de l’interpréter. Très motivant aussi avec les artistes invités dans nos rencontres et bientôt une séance de groupe en atelier!!
Isabelle: Certainement pas un caporal-chef : )  je dirais plutôt un motivateur. Il croit fortement en ce qu’il fait, encourage la relève détient une connaissance incroyable sur le sujet et il est toujours de bons conseils.
Lidia: Noel est loin d’être un caporal en chef! :) Il est très généreux de ses innombrables connaissances ainsi que de son temps. Il est reconnu pour être très honnête dans ses commentaires car il sait faire ressortir les points positifs autant que négatifs des pièces et propose des pistes de réflexion pour la suite du processus…
Je dois avouer que c’est toujours un peu stressant de lui présenter mes pièces, mais tellement enrichissant!
Je dirais donc un guide très motivant! : )

Qu’avez-vous appris de cette expérience?
Émilie: L’importance du partage et de développer un large réseau de connaissances connexes. Une démarche artistique se bâtie avec le temps et la culture.
Rester toujours curieuse et à l’affût des événements dans le domaine du bijou mais, aussi dans le domaine de l’art en général. Aller à des expos, des « workshops », conférences,etc.
Isabelle: Oser!
Lidia: Ça m’a confirmé une chose ; la première idée n’est pas toujours la meilleure! …et ça vaut la peine de creuser un peu! Merci Noel pour tout!

Le Labo est présenté à la galerie Noel Guyomarc’h jusqu’au 7 octobre prochain.
Plusieurs exposants seront présents lors des journées de la culture.
www.galerienoelguyomarch.com

Andrée Anne Vien

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