Les secrets de la granulation

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John Paul Miller (1918-2013), Pendentif en or, orné d’émail, Cleveland Museum of art

La technique de la granulation est souvent considérée comme étant « mystérieuse ». Cette réputation vient du fait qu’au début du 19ème siècle, suite à la découverte de bijoux ornés de granulation dans des nécropoles étrusques, on réalisera que le processus de fabrication de cette technique a été complètement perdu. Ces découvertes archéologiques entraîneront également un certain engouement pour le « bijou de style archéologique » et les orfèvres tenteront alors de comprendre, ou du moins d’imiter les techniques antiques. Les plus connus des orfèvres qui se lanceront dans cette recherche sont sans doute les Castellani, une famille d’orfèvre et de collectionneurs de bijoux anciens. Ils étudieront diverses techniques anciennes et produiront dans leurs ateliers des bijoux d’inspiration antique, des copies modernes de bijoux anciens, mais aussi plusieurs faux.

Malgré les efforts déployés par les chercheurs du 19ème siècle, ils seront incapables de reproduire parfaitement la granulation. La principale raison de cet échec est que la technologie utilisée par les joailliers à beaucoup changée suite à la révolution industrielle, car désormais on utilise le gaz et non plus le charbon ou l’huile pour effectuer une soudure. Il leur faudra donc d’abord reconstituer les anciennes méthodes de travail pour pouvoir bien comprendre comment les artisans de l’antiquité procédaient.

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Alfred Castellani (1853-1930), collier en or d’inspiration antique orné de scarabées en cornaline, Rome, 1925, Victoria & Albert Museum

C’est durant les années 1920 que le mystère commencera à se dissiper. Suite à de nombreuses expérimentations à l’aide de la soudure colloïdale (une soudure utilisant un carbonate de cuivre) par plusieurs orfèvres dont ; Elisabeth Treskow, H.A.P. Littledale et Hans Michael Wilm, on émettra l’hypothèse que c’est cette technique qui était utilisée pour faire la granulation. Cette théorie sera finalement prouvée scientifiquement dans les années 1980, les analyses faites sur des bijoux étrusques démontrant un plus grand pourcentage de cuivre dans le métal situé au point de jonction entre les granules et la surface.

Ce grand mystère de la granulation n’en était pas tout à fait un étant donné que des auteurs de l’Antiquité comme Théophraste et Pline l’Ancien mentionnaient l’usage de la « chrysocolla » (colle à or) pour effectuer la soudure. « Chrysocolla » est également le nom que l’on donne à la pierre semi-précieuse de couleur verte que l’on connait aujourd’hui sous le nom de Malachite et qui est un carbonate de cuivre. Bref, durant tous ce temps, la réponse se trouvait dans les sources antiques, il s’agissait simplement d’y jeter un coup d’œil et d’en faire une interprétation adéquate.

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John Paul Miller (1918-2013), Pendentif en or, orné d’émail, 1994, Cleveland Museum of art / Elisabeth Treskow (1898-1992), Bracelet en or, 1934

Les  secrets  de la granulation étant désormais connus, la technique a recommencé à être utilisée par quelques artisans. Malgré tout, même en bénéficiant de moyens modernes comme le chalumeau au gaz et le four électrique, aucun joaillier n’a réussi à ce jour à égaler la finesse du travail des Étrusques. Le véritable secret de ce degré de maîtrise repose probablement dans la grande quantité de temps dont disposaient les artisans pour apprendre et exécuter leur art.

Marilie Jacob

Sources :

NESTLER, Gerhard et Edilberto FORMIGLI. Etruscan Granulation, Siena, Brynmorgen Press, 2010, 95 pages.

PLATZ-HORSTER, GERTRUDE, « L’orfèvrerie étrusque et ses imitations au XIXe siècle » dans Françoise Gaulthier, dir. Les bijoux de la collection Campana : de l’antique au pastiche. Paris, École du Louvre, 2007, 189 pages.

SANNIBALE, Maurizio, « Des maîtres orfèvres » dans Vincenzo Bellelli et al. Les Étrusques : civilisation de l’Italie ancienne, Montréal, Musée Pointe-à-Callière, 2012, p. 116-123.

Comments
2 Responses to “Les secrets de la granulation”
  1. Jacqueline dit :

    Merci beaucoup de cet article qui me permet d’explique le « secret » des merveilles étrusques!
    Je vous cite dans un article en gestation sur l’argument..

  2. midolu dit :

    Merci pour l’explication de ce  » mystère  » qui tient beaucoup à la patience et à la minutie des orfèvres étrusques, alliées à leur talent et à leur ingéniosité.
    Je remercie également Jacqueline pour le guidage jusqu’ici.

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