Joailliers du dimanche
Le magazine de la joaillerie artisanale et contemporaine
Accueil TechniquesHistoireEntretienMétiersStyle À proposContact
Techniques · Métiers d'art · Entretien · Création
Joailliers du dimanche
Techniques, histoire, métiers d'art, entretien et création du bijou fait main
Accueil › Histoire du bijou › Les bijoux de deuil : jais, cheveux tressés et émail noir au XIXe siècle
Histoire du bijou · Époques

Les bijoux de deuil : jais, cheveux tressés et émail noir au XIXe siècle

Les bijoux de deuil : jais, cheveux tressés et émail noir au XIXe siècle

Dans les vitrines d’antiquaires et les boîtes à bijoux de famille, on découvre parfois des broches noires, des médaillons contenant une mèche de cheveux, des bagues portant une inscription et une date. Ce sont des bijoux de deuil. Ils témoignent d’une manière de vivre la perte très différente de la nôtre, et d’un savoir-faire étonnant.

Une tradition ancienne

Porter un bijou en souvenir d’un défunt n’est pas une invention du XIXe siècle. Dès la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, on rencontre des bagues ornées de crânes ou d’inscriptions rappelant la mort, les memento mori. Au XVIIe et au XVIIIe siècle, en Angleterre notamment, il est courant de léguer par testament de l’argent pour faire fabriquer des bagues de deuil offertes aux proches lors des funérailles. Elles portent souvent le nom du défunt et la date de son décès.

Le grand siècle du deuil

C’est pourtant au XIXe siècle que le bijou de deuil connaît son apogée, en particulier en Grande-Bretagne. Le deuil y est codifié avec une grande précision : durée, étapes, vêtements, accessoires. On passe du « grand deuil », où l’on ne porte que du noir mat, à des périodes de deuil plus léger, où l’on réintroduit progressivement le gris, le mauve et quelques bijoux.

La mort du prince Albert, époux de la reine Victoria, en 1861, renforce encore cette mode. La reine porte le deuil pour le reste de sa vie, et la cour, puis une large partie de la société, suivent son exemple.

Les matériaux

Le jais de Whitby

Le jais est un lignite, une sorte de bois fossilisé très dense, d’un noir profond, qui se polit jusqu’à un brillant intense. Celui de Whitby, sur la côte du Yorkshire, était particulièrement réputé. Des ateliers locaux le taillent en broches, colliers, bracelets et boucles d’oreilles. Léger et chaud au toucher, il convient parfaitement aux bijoux portés en grand deuil.

Les imitations du jais

Face à la demande, de nombreuses imitations apparaissent :

MatièreCaractéristiques
Jais véritableléger, chaud au toucher, laisse une trace brune sur une surface rugueuse
Verre noir (dit « jais de France »)plus lourd, froid, souvent à facettes
Ébonite (caoutchouc durci)légère, peut prendre une teinte brunâtre avec le temps
Bois des maraisautre lignite, d’aspect proche, parfois plus mat
Onyx noirpierre dure, froide, polie

L’émail noir

De nombreuses bagues et broches de deuil en or sont décorées d’émail noir, parfois blanc pour le deuil d’une jeune fille ou d’un enfant. Les inscriptions, comme « In memory of » ou le nom du défunt, se détachent en or sur le fond d’émail. La technique de l’émail est présentée dans l’émail en bijouterie.

Les cheveux

C’est l’aspect qui surprend le plus aujourd’hui. Les cheveux du défunt sont conservés sous verre dans un médaillon, une broche ou une bague, ou bien tressés pour former des bracelets, des chaînes de montre, des motifs floraux. Des artisans spécialisés, et beaucoup d’amateurs à l’aide de manuels, pratiquent ce travail minutieux.

Le cheveu n’est pas réservé au deuil : on offre aussi des bijoux en cheveux en gage d’amour ou d’amitié. C’est souvent l’inscription ou le contexte qui permet de faire la différence.

Les symboles

Les bijoux de deuil emploient un langage symbolique précis :

  • le saule pleureur : la tristesse ;
  • l’urne : le tombeau et le souvenir ;
  • la colonne brisée : une vie interrompue ;
  • la pensée (la fleur) : « pensez à moi » ;
  • le myosotis : « ne m’oubliez pas » ;
  • le serpent qui se mord la queue : l’éternité ;
  • les perles : les larmes.

Le déclin

Au début du XXe siècle, les usages du deuil s’assouplissent. La Première Guerre mondiale, avec ses pertes immenses, rend difficile le maintien de codes aussi stricts. Le bijou de deuil disparaît presque totalement des usages, pour devenir un objet de collection.

Reconnaître et conserver un bijou de deuil

Pour distinguer le jais de ses imitations, on observe le poids, la température au toucher et l’aspect de la surface. Les éléments en cheveux, très fragiles, ne doivent jamais être mouillés ni nettoyés avec des produits : un simple dépoussiérage au pinceau suffit. Le verre des médaillons protège leur contenu et ne doit pas être ouvert sans nécessité.

Ces bijoux, souvent modestes par leur matière, sont précieux par ce qu’ils racontent. Pour d’autres plongées dans l’histoire du bijou, voir le bijou Art nouveau et le cimetière royal d’Ur. Et pour l’entretien des bijoux anciens en général, voir entretenir ses bijoux.

Cet article peut contenir des liens partenaires. Ils n'influencent jamais ce que nous écrivons.