Joailliers du dimanche
Le magazine de la joaillerie artisanale et contemporaine
Accueil TechniquesHistoireEntretienMétiersStyle À proposContact
Techniques · Métiers d'art · Entretien · Création
Joailliers du dimanche
Techniques, histoire, métiers d'art, entretien et création du bijou fait main
Accueil › Histoire du bijou › Le bijou Art nouveau : quand la nature et la femme ont envahi la joaillerie
Histoire du bijou · Époques

Le bijou Art nouveau : quand la nature et la femme ont envahi la joaillerie

Le bijou Art nouveau : quand la nature et la femme ont envahi la joaillerie

À la fin du XIXe siècle, une poignée de bijoutiers parisiens bouleverse la joaillerie. Au lieu de mettre en avant les diamants et la valeur des matières, ils font du bijou une œuvre d’art à part entière, où l’idée et l’exécution comptent plus que le prix des pierres. Le bijou Art nouveau est né. Il ne durera qu’une quinzaine d’années à son apogée, mais il continue d’inspirer les créateurs.

Un contexte de renouveau

L’Art nouveau s’épanouit en Europe autour de 1900, dans l’architecture, le mobilier, le verre, l’affiche et les arts décoratifs. Il rejette la copie des styles anciens qui dominait une grande partie du XIXe siècle et cherche dans la nature un vocabulaire neuf. L’influence de l’art japonais, très en vogue à Paris, se fait aussi sentir : asymétrie, observation minutieuse des plantes et des insectes.

L’Exposition universelle de 1900, à Paris, marque l’un des sommets de ce mouvement. Les vitrines des bijoutiers y attirent les foules.

Les thèmes

Le bijou Art nouveau puise dans quelques grands motifs :

  • Les insectes : libellules, papillons, scarabées, sauterelles, souvent aux ailes en émail translucide.
  • Les fleurs et les plantes : orchidées, iris, nénuphars, pavots, glycines, ombelles, mais aussi plantes humbles comme le gui ou les fougères.
  • La femme : profils aux longs cheveux ondulants, femmes-fleurs, femmes-libellules, figures mi-humaines mi-animales.
  • Les animaux : serpents, chauves-souris, paons, cygnes.

La ligne est souple, sinueuse, en « coup de fouet ». Le bijou épouse les formes vivantes au lieu de les enfermer dans une composition symétrique.

Les matériaux

C’est l’une des grandes ruptures du mouvement. Les bijoutiers Art nouveau associent des matières jusque-là rarement vues ensemble :

MatièreUsage typique
Orstructure du bijou, souvent ciselé
Émailailes d’insectes, pétales, feuilles, en particulier le plique-à-jour
Cornepeignes, épingles, sculptée et teintée
Ivoirevisages, mains, fleurs sculptées
Verreéléments moulés, parfois à la place des pierres
Pierres finesopales, pierres de lune, améthystes, choisies pour leur couleur
Perles baroquespour leur forme irrégulière
Diamantsutilisés avec parcimonie, pour souligner un détail

L’émail plique-à-jour, sans fond, qui laisse passer la lumière comme un vitrail, devient l’une des signatures du style. Nous le décrivons dans l’émail en bijouterie. Les opales, avec leurs jeux de couleurs, sont aussi très prisées : voir pierres précieuses et pierres fines.

Les grandes figures

René Lalique

René Lalique est la figure la plus célèbre du bijou Art nouveau. Dessinateur de formation, il crée des bijoux d’une grande audace, associant or, émail, corne, ivoire, verre et pierres fines. Ses pièces, souvent conçues comme de petites sculptures, impressionnent ses contemporains. Il se tournera ensuite vers le verre, domaine dans lequel il connaîtra une seconde carrière.

Georges Fouquet

Issu d’une famille de bijoutiers, Georges Fouquet donne à sa maison un tournant moderne. Il collabore avec l’affichiste Alfons Mucha, qui dessine des bijoux et l’aménagement de sa boutique parisienne, dont le décor a été conservé et remonté au musée Carnavalet.

Lucien Gaillard

Lucien Gaillard, influencé par l’art japonais, se distingue notamment par ses peignes et épingles en corne sculptée, ses insectes et ses motifs végétaux.

D’autres bijoutiers, en France et ailleurs en Europe, ont participé au mouvement, avec des styles très divers. En Belgique, en Allemagne et en Autriche, des courants voisins se sont développés, souvent plus géométriques.

Les techniques

Le bijou Art nouveau exige une grande variété de savoir-faire : ciselure de l’or, sculpture de la corne et de l’ivoire, émaillage, fonte, sertissage. Les grands bijoutiers s’entourent d’artisans spécialisés, dans la tradition des métiers de la joaillerie. Certaines pièces mêlent fonte à la cire perdue, ciselure et plusieurs types d’émail.

Un âge d’or bref

Le succès est fulgurant, mais court. Le style est copié, simplifié, industrialisé, et le public s’en lasse. Avant même la Première Guerre mondiale, le goût évolue vers des formes plus géométriques, qui annoncent l’Art déco. Les bijoux Art nouveau d’époque, fragiles et souvent uniques, sont aujourd’hui très recherchés par les musées et les collectionneurs.

Un héritage vivant

L’Art nouveau a laissé à la joaillerie une idée essentielle : un bijou peut valoir par sa création plus que par la valeur de ses matières. C’est cette idée qui anime une grande partie de la création contemporaine et des bijoux de créateurs présentés dans choisir un bijou de créateur.

Cet article peut contenir des liens partenaires. Ils n'influencent jamais ce que nous écrivons.